Atelier sur la cohésion sociale et l'inclusion

26 avril 2014

Travailler ensemble pour aller plus loin

  • Qui sont les différents groupes à Saint-Camille ?
  • Comment s’assurer d’entendre les préoccupations et idées de tous ?
  • Comment préparer le prochain forum municipal ?
  • Comment travailler ensemble pour aller encore plus loin ?

Animé par Joël Nadeau et Jean-Marc Fontan
Voir l'invitation à l'atelier


Ce troisième atelier de la deuxième année des Ateliers des savoirs partagés, animé par Jean-Marc Fontan et Joël Nadeau, a été réalisé avec la collaboration d’une équipe de travail composée de Jean-Pierre Harel, Lucie Cormier, Annik Giguère, Olivier Brière et Jean Jacques. L’équipe s’est réunie une fois et divers échanges ont eu lieu par téléphone et courriel. Sylvain Laroche a aussi contribué à la réflexion. La rencontre, qui s’est tenue au P’tit bonheur de saint-Camille samedi le 26 avril, a réuni une quarantaine de participants.

Cet atelier, présenté sous forme de mini-forum citoyen, constituait une suite directe à l’atelier précédent. Lors de cette rencontre de mars qui portait sur la gouvernance, l’idée de développer des outils capables de susciter une participation citoyenne plus large, inclusive et représentative en vue de préparer le prochain forum municipal a été évoquée. Le mini-forum d’avril se voulait un moment de réflexion pour donner suite à cette idée.

Dans cette perspective et devant la volonté de rejoindre plus de participants à cet atelier, question de tracer un portait de la situation qui soit le plus juste possible, il a été décidé de modifier la formule habituelle pour une activité qui paraisse moins académique, plus accessible et plus participative. En plus des outils de promotion électronique et d’un publipostage envoyé à l’ensemble des citoyens, il a été convenu que des invitations directes et personnalisées seraient faites auprès de certaines personnes ciblées. Cette démarche a porté fruit dans certains cas et a aussi suscité des discussions qui ont alimenté la réflexion. Par exemple, certaines personnes en ont profité pour souligner le fait qu’elles étaient intimidées jusqu’ici par ce type d’activité, en raison justement de la forme, ou même du langage qui y est utilisé. En outre, cette démarche a permis de mieux expliquer les intentions derrière le projet et de faire en sorte que les gens se sentent davantage interpelés par la démarche. À noter qu’au moins une dizaine de personnes de personnes moins assidues sinon pas du tout aux ateliers des savoirs partagés a alors manifesté un intérêt mais ne pouvaient être présentes en raison d’un conflit d’horaire.

Notons aussi qu’une synthèse de l’atelier sur la gouvernance a été présentée aux conseillers municipaux lors de leur rencontre mensuelle du 14 avril. L’idée d’initier une démarche de consultation et de réflexion en vue de préparer le forum municipal d’automne leur a aussi été proposée et les conseillers se sont montrés favorables à cette démarche.

Les objectifs de l’atelier étaient « d’identifier les différents groupes qui composent la population de Saint-Camille, de statuer sur le niveau de cohésion sociale à St-Camille, de s’assurer qu’à St-Camille on entend et on prend en considération les préoccupations et idées de tous et de toutes et d’identifier une stratégie afin que le prochain forum municipal soit inclusif, participatif, engageant et engagé ».

Définir l’état de la cohésion

Lors de première partie de l’atelier, animée sous forme de World cafe, deux questions ont lancées aux participants, dans l’intention d’abord de définir la cohésion sociale puis de réaliser une certaine cartographie des groupes qui composent la population de Saint-Camille. Ces deux moments ont été suivis de discussions en plénières. La quarantaine de participants, regroupés autour de cinq tables, avaient à leur disposition différents outils pour prendre des notes et illustrer leurs idées.

Les participants ont défini la cohésion sociale comme étant un phénomène qui évolue et se transforme, qui se manifeste d’abord par une volonté partagée d’action et qui ne s’appuie pas nécessairement sur l’unanimité ou l’homogénéité. Une bonne cohésion sociale doit s’appuyer sur une communication de qualité, sur l’honnêteté et la transparence, sur des relations qui ne sont pas teintées par des préjugés. Elle passe par l’écoute, le dialogue, la définition de projets communs et d’une vision commune, la tolérance et les compromis, par la conscience des besoins des autres et par l’entraide.

Pour l’ensemble des participants, il importe de tisser des ponts entre les groupes et de développer une approche qui se base aussi sur les individus, peu importe leurs groupes d’appartenance. Chacun devrait être en mesure de bien se reconnaître dans sa communauté, les intérêts du plus grand nombre devraient être pris en considération, mais il faut aussi respecter le choix que font certains de ne pas participer.  On mentionne aussi que le fait qu’un groupe de la population ne soit pas en accord avec les orientations prises ne constitue pas en soi un problème, dans la mesure où il est toujours possible de travailler ensemble et que la situation ne se transforme pas en conflits. Par contre, si ce sont toujours les mêmes qui s’opposent systématiquement aux décisions prises, ceci représente possiblement une menace plus importante à la cohésion sociale; dans ces circonstances, il devient important de mieux saisir les fondements de cette réactions. Par ailleurs, l’état de la cohésion devrait se revérifier ponctuellement.

Portrait de la population

On constate qu’il y a de multiples manières de définir la composition d’une population de village : en fonction de notre appartenance à des groupes formels ou informels, des pôles d’intérêts, de notre âge, de notre provenance, de notre lieu de résidence (au village, en périphérie, dans un village voisin mais en lien avec Saint-Camille), de nos occupations professionnelles et familiales, etc. On s’est demandé où était l’épicentre ou les épicentres de Saint-Camille et on s’est questionné sur les types de relations entre les groupes, les participants proposants différentes interprétations. L’idée de miser davantage sur des pôles d’intérêts communs et plus fédérateurs a été évoquée, pour rapprocher les gens et créer des occasions de rencontre. Ici aussi, le portait varie dans le temps et selon les événements. Sur une note plus personnelle, certains néo-ruraux affirment, à leur arrivée, avoir vécu une période d’implication plus active et d’idéalisation suivie d’une période de déception et de « désillusion », marquée par une diminution de la participation. Il serait intéressant de mieux comprendre ce qui a mené à cette déception (image biaisée de la réalité, conflits de valeurs, conflits de personnalité, épuisement, etc.) et de voir comment ces personnes se réintègrent progressivement par la suite ou non. L’impression que certains groupes sont fermés ou composent des « cliques » reste une impression partagée par certains, il s’agit de perceptions qui méritent d’être explorées, qu’elles soient fondées ou non.  D’une manière générale, nous pouvons constater qu’il est difficile de définir clairement une population à partir des groupes qui la composent. Ces groupes peuvent être nombreux, se recoupent, et ne restent parfois qu’une représentation qu’on se fait de la réalité. Des individus peuvent se sentir appartenir à plusieurs groupes, ou à aucun, et finalement leur appartenance à ces groupes est parfois définie davantage par le regard des autres.

Des outils pour une meilleure cohésion

Quand vient le temps de réfléchir à des outils susceptibles d’améliorer la cohésion sociale, il peut être utile d’identifier et comprendre des enjeux spécifiques liés à certaines parties de la population, mais il faut aussi être en mesure de travailler au-delà des étiquettes, de comprendre les intérêts et motivations individuelles. L’organisation d’événements informels permettant aux gens de se rencontrer et d’échanger autour d’intérêts communs peut devenir une manière efficace pour apprendre à se connaître et à surmonter les préjugés.

Dans la deuxième partie du mini-forum, les participants étaient invités à réfléchir à la construction d’outils permettant de rejoindre plus facilement l’ensemble des citoyens, à favoriser le travail collectif et à maintenir et bonifier la cohésion sociale. La question de base s’articulait autour du forum municipal à venir à l’automne prochain et à la réactualisation du plan stratégique de développement durable. Les discussions ont été directement teintées par les enjeux qui se dessinent actuellement dans la communauté de Saint-Camille et qui alimenteront des discussions animées au cours des prochains mois, à savoir le projet d’instauration d’un système de récupération des eaux usées au village (qui nécessitera un règlement d’emprunt); la redéfinition du schéma de couverture de risques qui concerne directement la mise à niveau du service d’incendie (qui nécessitera aussi un emprunt par la municipalité); la volonté de certains de concevoir un plan de développement économique à long terme à Saint-Camille, projet qui vise aussi à favoriser la rétention des nouvelles familles. Aux fins de cet atelier-ci, l’attention a été retenue par le projet de transformation de l’église, qui a été présenté récemment à la population. Ce projet, qui est le fruit de huit années de travail réalisé en concertation avec différents organismes et qui a fait l’objet de consultations et d’assemblées publiques, est vu par certains comme une belle occasion de sauver ce patrimoine collectif ainsi qu’une belle opportunité de développement à court et long termes. La possibilité de développer un « palais des congrès en milieu rural » est d’ailleurs en cours d’analyse. D’autres citoyens voient quant à eux dans ce projet un risque qui pèse sur les finances de la municipalité qui deviendrait propriétaire du bâtiment. Ces citoyens y voient entre autres un risque d’augmentation de taxes. Soulignons que pour compléter le montage financier de ce projet, la municipalité doit procéder, ici aussi, à un règlement d’emprunt. Durant la semaine précédant l’atelier, nous avons appris qu’un référendum allait être organisé, à la demande de 94 citoyens qui ont signé un régistre à cet effet.

Comme ça arrive ponctuellement dans probablement toutes les communautés, et comme cela est déjà arrivé à différents moments dans l’histoire de Saint-Camille, nous sommes devant une situation qui est susceptible d’amener une polarisation des positions et qui demandera un travail de fond pour faciliter la communication et la médiation. Ainsi, les discussions ont tourné autour de cette importante question.

Une grande partie des réflexions des participants a concerné le processus de communication qui sous-tend ce type de projet. La manière de faire circuler les informations est identifiée comme un élément central. Il a été noté que les citoyens avaient eu plusieurs occasions de s’informer sur le projet de l’église, pour reprendre cet exemple. Malgré tout, plusieurs ne se sentent pas suffisamment informés ou ils ont des craintes qui persistent face à certaines zones grises. Il importe de mentionner qu’il n’était pas question de critiquer la manière dont ce projet a été mené jusqu’à maintenant, mais de proposer des pistes pour faciliter la communication dans ces circonstances. Par exemple, l’importance d’utiliser une multitude de canaux a été évoquée à quelques reprises. Il s’agit de multiplier les outils de communication écrite, en utilisant divers médiums, mais aussi de favoriser le contact verbal, voire même les contacts personnalisés ou en petits groupes. Le processus d’invitation à cet atelier nous a par ailleurs démontré l’importance de cette démarche qui peut être exigeante à plus grande échelle, mais qui s’avère efficace pour s’assurer que les informations sont bien reçues, ainsi que pour mieux comprendre les réticences et inquiétudes de tous et ensuite adapter le projet en conséquence. Les « assemblées de cuisine » et le fait de passer par des organismes bien ancrés peuvent faciliter ce type de communication plus directe. L’aide d’ambassadeurs ciblés peut être précieuse; il est peut-être envisageable de s’assurer qu’un groupes de personnes ayant préalablement bien compris les différents aspects des projets puissent devenir des relais dans la diffusion et la mobilisation. À l’inverse, il pourrait être utile d’identifier rapidement les personnes qui s’opposent à un projet quelconque et qui sont des mobilisateurs d’opinion pour tenter de cerner leurs inquiétudes et s’assurer qu’ils diffusent dans leurs réseaux des informations qui soient justes.

Par ailleurs, rappelons que la proportion de citoyens analphabètes ou analphabètes fonctionnels est importante, à Saint-Camille comme à l’échelle nationale. Ceci peut représenter un frein important pour la communication écrite. On sait aussi que les rumeurs sont susceptibles de facilement circuler auprès de réseaux de personnes moins bien informées. 

Ces divers médiums peuvent aussi offrir divers niveaux d’information. S’il peut être important et efficace de diffuser des synthèses et des résumés des informations clés, il faut en parallèle offrir des informations détaillées à ceux qui le souhaitent. La question de la transparence (à toutes les étapes) et de la confiance restent des conditions centrales pour une communication bien réussie. Cela passe entre autres par la clarté, la simplicité et l’aspect concret des informations diffusées. Un comité de relecture des documents importants peut être d’une grande aide à cet effet. En outre, les promoteurs d’un projet se doivent d’être proactifs, de prendre les devants, de bien prévoir les réactions possibles et d’agir dès le début en conséquence, en s’assurant que les préoccupations principales soient bien répondues par des informations claires et précises.

Un groupe de participants a fait ressortir des distinctions entre les projets qui découlent de situations inévitables (par exemple la récupération des eaux usées et le schéma de couverture de risques) et les nouveaux projets de développement issus de groupes. Les deux types nécessitent des approches qui sont différentes puisqu’ils soulèveront des réactions qui sont tout aussi différentes. En même temps, il peut être utile de mieux réfléchir aux liens qui peuvent se tisser entre les divers projets qui évoluent en parallèle. L’idée est de ne pas aborder en vase clos les différents enjeux qui se présentent. Il s’agit de faire en sorte qu’un projet ne semble pas priorisé par rapport à un autre, mais aussi de pouvoir donner une vue d’ensemble aux citoyens. Ceci n’est pas toujours simple; à titre d’exemple, le projet de l’église est plus avancé que les deux autres projets nécessitant un règlement d’emprunt. Une stratégie de communication présentant l’ensemble des enjeux et des solutions avancées peut probablement contribuer à l’émergence d’un débat sain. Il peut devenir intéressant dans cette perspective de travailler sur des idées évoquées aux deux précédents ateliers, soit de renouveler la vision de développement de Saint-Camille et de faire participer activement un plus grand nombre possible de citoyens sur l’actualisation du plan stratégique de développement. Faire participer les citoyens à la  définition même des enjeux et des priorités est une belle manière de démontrer de l’ouverture, de récolter de nouvelles idées et ainsi d’enrichir la réflexion, et, conséquemment, donner davantage de crédibilité à la démarche.

Si l’aspect communicationnel est primordial, l’écoute et l’ouverture aux réactions de tous (incluant les « non-dits » et les rumeurs) restent des clés tout aussi importantes permettant de mieux comprendre les inquiétudes, d’adapter le projet pour qu’il puisse répondre dans la mesure du possible aux attentes (mais attention, dit un participant, de ne pas créer de fausses attentes), de bonifier les projets grâce à l’apport de tous et chacun et d’ultimement impliquer concrètement la population dans leur mise en œuvre, à l’image d’une communauté qui mise sur la « gouvernance partagée », comme on l’a vu à l’atelier de mars. Fait intéressant à noter, des participants présents au mini-forum ont exprimé un inconfort devant la difficulté de d’exprimer leurs inquiétudes. Cela peut découler de la peur de ne pas avoir bien compris les informations de base, de la peur d’être jugé, ou simplement de la gêne à s’exprimer en public, par exemple. Mais ça peut provenir aussi de la peur d’être étiqueté comme un opposant, ce qui crée un inconfort chez certains et peut les empêcher de s’exprimer. Une simple question d’éclaircissement ne fait pas de nous un opposant, mentionne une participante. Cette dynamique est difficile à briser, mais il est important d’y réfléchir, puisqu’elle peut amener des frustrations et une certaines polarisation des positions. L’attitude et l’ouverture des promoteurs du projet à l’égard des citoyens qui s’opposent ou qui hésitent sera certainement déterminante.

Une nouvelle phase de développement?

La communauté de Saint-Camille semble se retrouver au début d’une nouvelle phase de son développement, un moment stimulant qui apporte son lot de défis de planification et de concertation. Cet atelier a été un moment privilégié pour prendre connaissance de cette réalité et pour amorcer une réflexion sur les stratégies à déployer pour assurer une bonne cohésion sociale au travers cette transition. Il n’a pas été possible d’aller au fond des questions soulevées ni de développer concrètement des outils pour nous appuyer dans cette démarche dans le cadre de cette courte rencontre, mais il a été possible de jeter les bases d’une réflexion qui permettra d’aller plus loin dans les prochaines semaines et prochains mois, c’est du moins le souhait qui a été exprimé par les participants.

Déjà, notons qu’une participante de Danville a diffusé dans son réseau des réflexions de l’atelier et qu’un conseiller municipal présent à l’atelier a l’intention de faire part de ces constats aux autres conseillers, dans l’objectif d’alimenter la réflexion sur les moyens à utiliser pour informer et impliquer la population dans les projets à venir. Il s’agit là de retombées déjà bien concrètes et il y en aura certainement d’autres.